Le blog des éditions Libertalia

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Contre l’antisémitisme, avec détermination et sang-froid

jeudi 26 avril 2018 :: Permalien

23 avril 2018.

Je partage avec les signataires du Manifeste des 300 une seule conviction : la lutte contre l’antisémitisme constitue un impératif moral et politique majeur, dans une société encore rongée par toutes les formes de racisme. Il en va de l’avenir de la démocratie et donc de la République. Mais je ne suis d’accord, ni avec leur analyse du phénomène, ni avec leur démarche pour le combattre.

Et pour cause : ils ignorent complètement les indications que nous donne, depuis des années, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), avec laquelle, je le rappelle, les institutions et organismes communautaires juifs collaborent pourtant étroitement. Le « Rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie », que la Commission publie chaque année, met à la fois à notre disposition un état de l’opinion et une évaluation des violences perpétrées.

Quelles leçons se dégagent du travail des sondeurs, des sociologues et du ministère de l’Intérieur ?
• Que l’idéologie antisémite n’a cessé de reculer parmi nos concitoyens depuis la Seconde Guerre mondiale, au point d’y devenir marginale : 89 % d’entre eux considèrent les Juifs comme « des Français comme les autres », soit une proportion supérieure de 8 points à celle observée pour les musulmans et de 30 points comparée à celle des Roms ;
• Qu’en revanche, les préjugés antisémites, bien qu’en diminution, restent influents, si bien que 35 % des Français pensent encore que « les Juifs ont un rapport particulier à l’argent », 40 % que, « pour les Juifs français, Israël compte plus que la France » ou 22 % que « les Juifs ont trop de pouvoir » ;
• Que les violences antijuives, après un pic au début du siècle, ont connu depuis une décrue progressive, confirmée en 2017. Les violences antimusulmans, elles, ont culminé en 2015, alimentées par l’horreur des attentats terroristes, mais reflué elles aussi depuis. Rapportés au nombre de personnes concernées, les chiffres montrent que les Juifs constituent la principale cible des actes racistes, par ailleurs moins nombreux mais plus violents ;
• Que, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, des Juifs ont été assassinés, en tant que tels – indépendamment des attentats terroristes comme ceux de la synagogue de la rue Copernic ou de la rue des Rosiers. Si, certains de ces meurtres sont indiscutablement antisémites, comme ceux de Mohamed Merah ou d’Amedy Coulibaly, d’autres imbriquent haine des Juifs, motivations crapuleuses, voire signes de maladie mentale ;
• Que cet antisémitisme – idéologie, préjugés, violences – est le fait de groupes divers. S’il reste caractéristique de l’extrême droite, y compris du Front national dont la « dédiabolisation » n’a pas éradiqué le vieux racisme anti-juif et le négationnisme, cet antisémitisme s’est aussi développé parmi les enfants de l’immigration. Mais une sociologue comme Nonna Mayer met en garde contre le concept de « nouvel antisémitisme », inspiré des thèses de Pierre-André Taguieff qui, écrit-elle, « voit un antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël et du sionisme, au nom de l’antiracisme et des droits de l’homme, et porté tant par l’islamisme radical que par les idéologies tiers-mondistes d’extrême gauche ».

Ces analyses, on en conviendra, tranchent avec le simplisme et l’alarmisme du Manifeste de Philippe Val. Tout ce qui est excessif ne compte pas, disait Talleyrand : comment peut-on parler, à propos des Juifs français, de « terreur » ou d’« épuration ethnique » ? Mais surtout les pistes que suggèrent les signataires sont de fausses pistes, le plus souvent dangereuses :
• Faire du seul islam radical la cause de la violence antijuive, c’est ignorer une partie importante du phénomène. D’abord parce que, je l’ai rappelé, l’antisémitisme de l’extrême droite reste vivace et souvent violent. Ensuite parce que, même parmi les jeunes de banlieue, la violence – comme d’ailleurs le djihadisme – n’a pas qu’une dimension idéologique ou religieuse : elle s’enracine aussi, n’en déplaise aux signataires, dans la désespérance sociale, elle-même produite par les discriminations économiques, sociales et ethniques qui les frappent dans notre société. Autrement dit, la vigilance et la répression nécessaires doivent aller de pair avec des efforts d’intégration considérables. Pour que la République se réconcilie avec sa jeunesse, y compris immigrée. 
• Dénoncer « l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société » (sic), c’est tout simplement infâme. Mais d’où sort ce fantasme d’une extrême gauche antisémite en France aujourd‘hui ? De qui parle-t-on ? Des communistes ? Des insoumis ? Des écologistes ? Des trotskistes ? Des chrétiens de gauche ? Aucun de ces partis, groupes ou mouvements n’a jamais flirté, de près ou de loin, avec la haine des Juifs ! Au contraire, c’est de ce côté-là que les Juifs ont trouvé, à l’heure du plus grand péril, leurs défenseurs les plus héroïques. Faut-il rappeler qu’en France, contrairement à la plupart des autres pays occupés, la solidarité populaire, des communistes aux gaullistes en passant par les chrétiens, a permis à près de quatre cinquièmes des Juifs d’échapper au génocide ?
• Infâme, cette affirmation relève aussi de l’analphabétisme historique. L’antisémitisme est un délit, poursuivi à juste titre, comme toutes les formes de racisme, par les lois, anciennes et récentes, de la République. L’antisionisme, lui, est une opinion, selon laquelle Theodor Herzl a eu tort de considérer les Juifs comme inassimilables et de prôner en conséquence leur rassemblement dans un État qui leur soit propre. L’immense majorité des Juifs, jusqu’en 1939, s’est opposée au projet sioniste : à cette date, la communauté juive de Palestine ne représente que 2,5 % de la population juive mondiale. Après le génocide nazi, des centaines de milliers de survivants, qui n’avaient pas où aller, faute de visas américains, ont choisi de rebâtir leur vie en Israël. Il en ira de même pour les Juifs des pays arabes, puis pour les Juifs soviétiques, venus par nécessité plus que par choix sioniste. Et, malgré ces vagues d’immigration, la majorité des Juifs vivent ailleurs qu’en Israël, et ils s’intègrent si bien en Amérique et en Europe que la majorité d’entre eux y concluent des mariages « mixtes ». En quoi ces rappels historiques relèveraient-ils de l’antisémitisme ?
• Avec la conclusion du Manifeste, on sombre dans l’absurdité pure et simple. Les signataires demandent que « les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime ». J’avoue avoir du mal à imaginer que tant de personnalités ignorent un fait simple : si l’Église catholique a pu renoncer dans son discours à la dénonciation des Juifs comme un « peuple déicide », responsable de siècles de massacres en Europe, c’est qu’elle s’organise autour d’une structure hiérarchique, avec un clergé, un pape et des conciles. Tel n’est pas le cas de l’islam, qui ne dispose pas d’« autorités théologiques » à même de modifier des versets du Coran. Il en va d’ailleurs de même du judaïsme, où personne n’est en droit de censurer les commentaires du Talmud contre les goyim et encore moins les nombreux appels au génocide que contient l’Ancien Testament – et que pourtant des dirigeants, religieux et politiques, invoquent pour justifier le sort fait aux Palestiniens. Si les Livres saints étaient amendables, ça se saurait !
• Voilà, pour conclure, le grand absent du « Manifeste » : le conflit israélo-palestinien. Cette lâcheté, sans doute nécessaire pour bricoler un groupe aussi hétéroclite, est absurde. Qui osera le nier ? Les massacres de ces dernières semaines contre les manifestations de Gaza, justifiés par une partie des signataires, provoquent par exemple plus d’antisémitisme que tous les versets dénoncés du Coran. De quand date la dernière explosion de violences contre les Juifs dans notre pays, sinon de la Seconde Intifada et de sa répression brutale ? Et la droite et l’extrême droite israéliennes nous annoncent bien pire, avec l’annexion annoncée de la Cisjordanie, l’enterrement de la solution des deux États et la perspective d’un seul État où les Palestiniens annexés avec leur terre n’auraient pas le droit de vote… La paix au Proche-Orient ne fera pas disparaître miraculeusement l’antisémitisme, mais elle y contribuera décisivement : raison de plus pour s’engager sur ce chemin.

Un dernier mot : hiérarchiser les racismes, c’est tomber dans le racisme. Et hiérarchiser le combat contre le racisme, c’est le saboter. Cette lutte indispensable, nous la remporterons ensemble ou jamais. Avec détermination et sang froid.

Dominique Vidal

Entretien avec Jill Liddington pour Come Together

jeudi 26 avril 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Cet entretien a été réalisé pour le périodique Come Together (numéro 12, avril 2018). Dans le même numéro, un dossier très exhaustif est consacré aux suffragistes et suffragettes.

Les suffragistes radicales sorties de l’ombre

Rencontre avec l’historienne Jill Liddington

Suffragistes radicales, c’est le nom que les historiennes Jill Liddington et Jill Norris ont donné à ces ouvrières du textile de la région de Manchester qui ont mené campagne avec beaucoup de courage et de témérité pour le suffrage féminin au début du XXe siècle. Leur livre, enfin traduit en français, réhabilite leur action.

Dans votre livre, vous retracez l’histoire des suffragistes radicales du Lancashire, pour la plupart des ouvrières du textile. Pourquoi les distinguer des suffragettes, plus connues du public ?

Jill Liddington : Les suffragettes et les suffragistes n’avaient pas du tout les mêmes tactiques pour faire aboutir la revendication du suffrage féminin. Dès 1905, les suffragettes de la WSPU (Women’s Social and Political Union) ont eu recours à des actions d’éclat. Les suffragistes de la NUWSS (National Union of Women’s Suffrage Societies) ne souhaitaient pas sortir du cadre légal et cherchaient des alliances.
En octobre 1903, la WSPU est fondée à Manchester par Emmeline Pankhurst et ses filles. En 1905, Christabel Pankhurst et Annie Kenney assistent à une réunion électorale du parti libéral au Free Trade Hall de Manchester et crient devant la foule rassemblée : « Quand le gouvernement accordera-t-il le vote aux femmes ? » Arrêtées, envoyées en prison, elles refusent de payer leur caution de libération. Elles feront la une des journaux. C’est à la suite de cette action que le Daily Mail fabriqua le mot suffragette… C’est une brillante tactique puisqu’elle permet de mettre sur le devant de la scène la lutte pour le suffrage féminin. Le combat des suffragettes ne cessera de se durcir. En novembre 1911, malgré ses promesses, le Premier ministre libéral Asquith, propose le suffrage universel… masculin ! Les suffragettes organisent de véritables raids pour briser les vitrines de rues entières ou incendier des bâtiments vides. La réaction des suffragistes est différente : elles refusent l’intensification des actions violentes mais cherchent l’alliance avec les syndicats et le mouvement travailliste.

Comment s’y prenaient les suffragistes pour populariser leur combat ?

Je pose souvent cette question à mes étudiant.e.s : « Qu’auriez-vous fait à l’été 1913 ? Seriez-vous allés à l’enterrement d’Emily Wilding Davison avec le WSPU, ou bien sur les routes d’Angleterre et du Pays de Galles avec la NUWSS ? » Le 4 juin, Emily Davison tombe sous le cheval du roi au derby d’Ebson et meurt quelques jours plus tard. Au même moment, les suffragistes partent en pèlerinage sur les routes pour rallier à leur cause les communautés ouvrières notamment. Lorsqu’elles se retrouvent à Hyde Park, à Londres, le 26 juillet 1913, elles apportent une pétition signée par 80 000 femmes qui exigent le droit de vote. Et c’est le poids de ce soutien qui aura un impact. Les hommes politiques de l’époque craignent en effet que les syndicats entrent dans le jeu. Les suffragistes sont plus avisées politiquement : elles savent qu’elles ne peuvent devenir des hors-la-loi et que c’est grâce à la pression qu’elles exercent sur les partis politiques qu’elles pourront se faire entendre.
C’est un motif de dissension entre les suffragettes et les suffragistes : pour Sylvia Pankhurst par exemple, le fait que les suffragistes n’aient pas été en prison rend leur combat moins noble. Dans son livre The Suffragette Movement publié en 1931 elle impose une vision du courage qui n’est pas celle représentée par les suffragistes. Or, sans le bon sens politique de ces dernières le mouvement n’aurait pas pu tenir.

Pourquoi avoir forgé ce terme de suffragistes radicales ? Dans votre livre vous tracez le portrait de certaines d’entre elles. Qui étaient-elles précisément et quelle était leur action ?

Les suffragistes radicales, ouvrières pour la plupart, voulaient le droit de vote pour toutes les femmes et non seulement le suffrage encore limité tel qu’il était accordé aux hommes. Elles luttaient en étroite relation avec un mouvement ouvrier en plein essor. Dans le Lancashire, berceau de la puissante industrie cotonnière, 250 000 femmes travaillaient dans les usines.
En 1896, 90 000 d’entre elles étaient syndiquées. Ces chiffres sont uniques, sans précédent, sidérants même !
Les suffragistes radicales organisaient des réunions devant les usines, dans les cités ouvrières, présentaient des motions dans les sections syndicales… En mars 1901, elles portèrent à Westminster une pétition signée par près de 30 000 ouvrières du coton du Lancashire. Elles ont procédé circonscription par circonscription, au moment des campagnes pour des élections partielles notamment, afin d’organiser le soutien de la classe ouvrière. Elles se sont battues dans le parti travailliste qui a finalement pris clairement position pour le suffrage féminin en 1912. J’ai écrit en 1984 la biographie de l’une d’entre elles, Selina Cooper, intitulée Respectable Rebel. Elle alla à l’usine dès l’âge de 11 ans. Devenue bobineuse, elle adhéra au syndicat. Elle était active au sein de l’Independent Labour Party. Très bonne oratrice, elle fut recrutée comme organisatrice par la NWUSS et devint, en 1910, une des quatre femmes choisies pour tenter de convaincre Asquith, le Premier ministre libéral. Elle prit aussi des risques en se lançant dans la campagne pour le contrôle des naissances. Elle participa à la création d’un centre de protection maternelle et infantile dans sa ville de Nelson.

Ce qui est frappant dans votre ouvrage c’est le nombre et la diversité des portraits de femmes. Des vies qu’avec Jill Norris vous avez découvertes en fouillant dans les archives locales et en interviewant leurs descendantes. Pourriez-vous nous parler un peu plus longuement d’elles, de leur vie quotidienne ? La vie familiale empêchait-elle certaines femmes de rejoindre le mouvement ? « Aucune cause ne peut être victorieuse entre le déjeuner et le thé » écrivait Hannah Mitchell, l’une d’entre elles…

La lutte pour le suffrage a, bien sûr, eu un impact dans la vie de ces femmes et de leurs familles. C’était la première fois dans l’histoire de la Grande-Bretagne que des femmes faisaient campagne, année après année. C’est un mouvement sans précédent.
Les deux facteurs à prendre en compte au niveau familial sont liés à la classe sociale et à la structure de la famille. Si on prend l’exemple d’Edith Rigby par exemple, femme de classe moyenne supérieure et dont le mari est docteur à Preston, on voit qu’elle n’avait pas de problèmes pour s’engager puisque les serviteurs pouvaient s’occuper de son fils. Le docteur Rigby était lui-même très tolérant à cet égard. Néanmoins, Edith Rigby avait l’habitude de finir les réunions pro-suffrage qu’elle organisait chez elle quand c’était l’heure du dîner de son mari. Selina Cooper n’eut qu’une fille, Mary, et était très soutenue par son mari Robert, un tisserand. La NUWSS payait parfois une gouvernante pour garder Mary lors des déplacements de sa mère. Emily Murgatroyd, qui était célibataire et tisserande dans une fabrique, laissait de l’argent à la maison pour sa mère quand elle partait en campagne.
Ces suffragistes radicales ne sont pas allées en prison mais elles faisaient preuve de courage jour après jour. Elles ont dû affronter la violence, l’hostilité lors des réunions publiques qu’elles animaient, parfois aussi celle de leurs proches. « On peut supporter la désapprobation publique, mais le malheur domestique, prix que beaucoup d’entre nous eurent à payer pour leurs opinions et leurs activités, étaient une chose bien amère », écrit Hannah Mitchell. Ada Nield Chew, embauchée à 11 ans, avait dénoncé sa condition de couturière dans le journal de sa ville le Crewe Chronicle. Elle s’est battue toute sa vie pour le vote et a décidé, pensant que cela n’intéressait plus personne, de brûler son autobiographie peu de temps avant sa mort en 1945. Quelle tragédie ! Les actions d’éclat des suffragettes ont marqué les esprits et du coup le combat des suffragistes radicales est resté dans l’ombre…

En août 1914, le Royaume-Uni déclare la guerre à l’Allemagne. Que sont devenues les suffragettes et les suffragistes ?

Si l’on regarde leurs réactions on voit très bien combien elles sont différentes. Des femmes telles que Christabel Pankhurst, Millicent Fawcett ou Eleanor Rathbone soutiennent l’effort de guerre. D’autres, telles que Sylvia Pankhurst, Emmeline Pethick Lawrence et aussi son mari Frederick, Hannah Mitchell, Charlotte Despard, Esther Roper ou encore Eva Gore- Booth se placent en internationalistes et refusent cette guerre qui les accable et accable également leurs sœurs françaises ou allemandes. Selina Cooper fait campagne contre la guerre tout comme Ada Nield Chew qui s’engage dans l’aide humanitaire aux combattants.

Votre livre est paru pour la première fois en 1978. Il a connu plusieurs rééditions au Royaume-Uni. Il est traduit en français seulement aujourd’hui, quarante ans après. Votre approche est-elle toujours la même ?

Je dirai que je connais beaucoup mieux les suffragettes désormais et qu’on ne peut pas généraliser à leur sujet. Sylvia Pankhurst, par exemple, présente dans son livre une image des suffragettes très puissante et vivante : quand on la lit on a l’impression d’être avec elle dans la maison de son enfance ou par la suite en prison. C’est une écrivaine formidable mais dans son livre elle ne présente pas la diversité du mouvement. On voit bien comment ce livre a formaté le discours sur le combat pro-suffrage focalisé sur les actions d’éclat des suffragettes. Mais avec le recul, je n’écrirais pas de la même façon aujourd’hui à leur propos. Les suffragettes, c’est la WSPU et les Pankhursts, mais c’est aussi la Women’s Freedom League de Charlotte Despard créée en 1907 en réaction à l’autoritarisme et la violence de ces dernières. Hannah Mitchell est un bon exemple, puisqu’elle a fait partie des deux mouvements : elle rejoint la WSPU en 1904 mais en part en 1907 pour rejoindre la WFL. Elle reproche deux choses à la WSPU : son manque de démocratie et son indifférence. Elle a ressenti amèrement le fait qu’aucun membre de la WSPU ne l’ait contactée alors qu’elle devint malade après sa sortie de prison… Pour vraiment comprendre le mouvement pour le suffrage féminin il faut s’intéresser de près à la diversité des femmes qui l’ont composé.

Propos recueillis par Louise Quesnel

L’origine d’une vocation historienne : Daniel Guérin et les années 1930

vendredi 13 avril 2018 :: Permalien

Daniel Guérin.

Samedi 7 avril 2018, une journée d’hommage à Daniel Guérin était organisée au Lieu-Dit (Paris). Pour l’occasion, Charles Jacquier a rédigé le texte que nous reproduisons ici.

L’origine d’une vocation historienne :
Daniel Guérin et les années 1930

Sa vie durant, Daniel Guérin a constamment mêlé engagement, réflexion et non-conformisme. Le chapeau de la première notice qui lui a été consacrée par Jean Maitron lui-même dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français indique deux qualificatifs : « militant de tendance libertaire » et « historien ». Et comme ladite tendance libertaire ne s’affirma explicitement et véritablement qu’avec la publication de Jeunesse du socialisme libertaire (1959), on peut s’en tenir, pour y insister, aux deux seuls termes de militant et d’historien.

Pour le premier aspect, c’est au cours des années 1930 qu’il est le plus activement plongé dans le militantisme politique. Rallié à la Gauche révolutionnaire (GR) de Marceau Pivert peu après sa fondation en septembre 1935, il est membre du Comité directeur de cette tendance et la représente au conseil d’administration du quotidien Le Populaire et dans la commission coloniale de la SFIO. En janvier 1938, quand la GR prend la direction de la Fédération socialiste de la Seine, Marceau Pivert en assure le secrétariat tandis que Daniel Guérin est l’un des secrétaires adjoints, chargé des groupes socialistes d’entreprise. Il sera ensuite l’un des fondateurs du Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) et l’une des principales figures de son opposition de gauche. Il est enfin désigné pour ouvrir, en cas de guerre, un bureau du Front ouvrier international (un regroupement de groupes communistes dissidents et de partis socialistes de gauche) à Oslo, en Norvège. On le voit, son militantisme politique, de parti, est quotidien et intense !

Pourtant, au début des années 1930, après deux voyages en Allemagne (été 1932, printemps 1933), dès l’arrivée des premiers antinazis à Paris, Daniel Guérin a l’idée de réunir certains d’entre eux pour mettre les milieux révolutionnaires français « à l’école des réfugiés allemands ». Il espère que les Français bénéficieront « de leurs connaissances théoriques et de leur expérience pratique ». Il s’agit aussi de tirer les leçons des erreurs du mouvement ouvrier allemand pour ne pas les répéter dans d’autres pays confrontés à la montée du fascisme. Mais, comme souvent, la proximité de l’événement et les questions de personnes prennent le dessus sur la discussion théorique. Cela constitue néanmoins une première prise de contact entre militants français et allemands. Simone Weil participe à ces discussions ; elle l’incite à entreprendre cette étude « afin de combattre le fascisme au moyen de recherches érudites ». C’est au lendemain des émeutes d’extrême droite du 6 février 1934, qu’il commence à travailler à Fascisme et grand capital. Jusque-là extérieur, le danger fasciste apparaît comme une menace intérieure d’une brûlante actualité. Inspiré par les travaux de Léon Trotski, d’Andrés Nin et d’Ignazio Silone, le livre est une des premières études scientifiques du fascisme ; il paraît en 1936, l’année même du Front populaire. C’est la première incursion livresque de Daniel Guérin dans le domaine de la critique sociale. Une incursion féconde pour l’historien Pierre Ayçoberry qui, quelques décennies plus tard présentera, analysera, et critiquera les différentes interprétations du national-socialisme, à partir des années 1920 : « Fascisme et grand capital tranche, souligne-t-il, sur la grisaille de la production de la gauche française par l’abondance de l’information, la rigueur du raisonnement, le souci de la comparaison internationale. »

Avec la victoire de Franco en Espagne, le pacte germano-soviétique et le début de la Deuxième Guerre mondiale, les « gauchistes » français, pour reprendre le terme de Jean Rabaut, constatent qu’il est bel et bien « minuit dans le siècle ». En novembre 1939, Victor Serge écrit à un ami : « Nous allons vivre désormais sur une banquise emportée par des courants marins, on ne sait vers où, et qui continuera à se lézarder. » Quelques mois plus tard, ce sera la défaite de la France, l’Europe (sauf la Grande-Bretagne et les pays neutres) sous la botte nazie. La guerre va devenir mondiale dès juin 1941 ! Dans un tel climat de déroute, les « gauchistes » doivent survivre difficilement sans abandonner le combat, voire se renier. Jusqu’à l’invasion allemande de la Norvège en avril 1940, Guérin participe au secrétariat du Front ouvrier international qui publie depuis octobre 1939 un petit bulletin mensuel dactylographié d’informations internationales. Emprisonné, puis interné civil en Allemagne, il est ensuite renvoyé à Oslo où il va tenter de gagner sa vie tout en commençant à étudier l’histoire de la Révolution française. Il poursuivra ses recherches sur le sujet à son retour en France en mars 1942, alors qu’il participe au travail clandestin des trotskistes. Pourquoi ce sujet ? Et pourquoi à ce moment-là ? Dans une période de défaite aussi profonde, il peut paraître paradoxal de consacrer une bonne partie de son temps à des événements historiques anciens. Pourtant, cela peut se concevoir aisément : d’abord, si l’on en croît le surréaliste Pierre Mabille, « l’échec conduit les lâches à la soumission, les autres à la réflexion ». Nul doute que Daniel Guérin appartienne à la deuxième catégorie. Ensuite, rappelons juste ce que disait Kropotkine : la Grande Révolution « fut la source de toutes les conceptions communistes, anarchistes et socialistes de notre époque ».

Revenons aux années 1930 et à Front populaire révolution manquée qui est le seul livre de Daniel Guérin évoquant sa période d’engagement politique la plus marquée. Quand il est publié, presque trente ans après, Guérin considère que le Front populaire est un « mythe toujours vivant ». C’est un moment double pour lui : d’une part, la gauche est au plus bas avec l’arrivée de De Gaulle au pouvoir ; d’autre part, il tire le bilan de ses échecs récurrents et du caractère fallacieux de son éventuel renouveau en se plaçant désormais sur un autre terrain : une mouvance libertaire faisant la synthèse de Marx et Bakounine. C’est aussi le cas dans les marges de l’extrême gauche : qu’on songe à des revues aussi différentes que l’Internationale situationniste ou Noir & Rouge… Avec ce livre sur le Front populaire, Guérin veut apporter son « témoignage vécu » car il en a conservé ou retrouvé les « traces écrites ». Ajoutons que le livre est bien plus qu’un simple témoignage. On y retrouve aussi une part d’autobiographie, un hommage à des militants comme Marceau Pivert, et de l’histoire sociale vivante et incarnée qui, sur bien des points, apporte un regard neuf. Par exemple, l’épisode du Comité des 22, le rôle d’Eugen Fried au PCF, la dimension de politique internationale du Front populaire, son caractère double : les Front populaire 1 (un accord électoral d’appareils sur un programme minimaliste surdéterminé par des alliances d’États) & 2 (un mouvement socialiste révolutionnaire antifasciste avec l’intervention autonome des masses) dont parle Daniel Guérin. Celui-ci veut témoigner au nom de l’équipe à laquelle il a appartenu, celle de la Gauche révolutionnaire, et, en particulier en lieu et place de Marceau Pivert, décédé en juin 1958, « vaincu par la maladie et le chagrin ». Ce chagrin, c’est, bien sûr, le naufrage de la SFIO durant la guerre d’Algérie et la crise de mai 1958 qui voit le retour de De Gaulle au pouvoir. Pivert avait dès 1940 esquissé cette histoire, puis manifesté quatre ans avant sa mort le souhait de « refondre son 1er texte » sur les événements du Front populaire. Il incombe donc à Daniel Guérin qui a survécu « la responsabilité du témoignage », sans masquer ses désaccords avec le défunt. Pour Guérin, la tendance à laquelle il a appartenu a été « partie intégrante » du Front populaire sur trois plans : comme initiateurs, comme élément moteur, enfin comme « conscience critique ».

Liés aux masses d’un côté, associés à l’activité gouvernementale de l’autre, les faits et gestes de la Gauche révolutionnaire ne sont pas seulement de la petite histoire mais éclairent « la plus large histoire », laissant apparaître « les vices congénitaux » du Front populaire et les « causes de sa défaite ». DG ne prétend pas faire une œuvre objective, mais considère que son optique partisane l’a peut-être mis « sur la trace de la vérité objective ». Il évoque donc Philippe Buonarotti écrivant trente ans après sur la conjuration de Babeuf. L’histoire du Front populaire n’est pas, comme celle de la grande Révolution française, un objet froid ; elle réclame seulement la vérité, même si elle doit contredire le mythe. Et il conclut que certains ont idéalisé le souvenir de Robespierre, comme celui de Blum plus tard, alors que ce qui comptait, dans les deux cas, c’était de « rechercher les causes profondes de la défaite ». Juin 36 a permis à Daniel Guérin de se « trouver plongé dans un vaste déferlement des masses » (Eux et lui) et de faire la critique du Front populaire pour pouvoir le dépasser ; c’est en effet « la condition préalable d’un nouveau départ révolutionnaire ». Mais, manifestement, ce n’est pas ce qu’en retiennent les partis de gauche comme l’historiographie académique !

En 1963, quand paraît la première édition du livre, ce ne sont pas les grèves avec occupation d’usines qui préoccupent les historiens mais la figure de Léon Blum. C’est en effet à ce moment-là que démarre la publication des œuvres du leader socialiste. Deux ans plus tard, se déroule un grand colloque, « Léon Blum, chef de gouvernement 1936-1937 » organisé par la FNSP et la Société des amis de Léon Blum. On y retrouve historiens académiques et « témoins » – pour la plupart socialistes et radicaux proches du président du Conseil socialiste. Antoine Prost y soutient que ce dernier a « très exactement et très efficacement traduit » (sic) les aspirations du mouvement gréviste. Par la suite, plusieurs émissions de radio de l’Ortf lui sont consacrées et la traduction française du livre de Gilbert Ziebura, Léon Blum et le parti socialiste inaugure une longue série de biographies à succès du leader socialiste. De leur côté, les staliniens, fidèles à eux-mêmes, persistent dans la défense de la vulgate sur le sujet : en 1936, il fallait savoir terminer une grève dès que satisfaction avait été obtenue (mais qui décidait que c’était bien le cas ?) car on se battait pour des objectifs aussi précis que le « pain », la « liberté » et la « paix ». Loin de profiter du rapport de force favorable aux grévistes, le PCF voulait élargir le Front populaire vers la droite en Front des Français. Dans tous les cas, on ignorait le rôle des minorités révolutionnaires et de l’activité autonome des masses !
Après Mai 1968, Daniel Guérin remodela son livre pour lui donner une ampleur chronologique plus grande sur l’ensemble de la décennie et, surtout, dépasser le seul terrain politique. Il reparaît chez Maspero en 1970. Daniel Guérin précise que dans cette nouvelle version, il est « davantage question des luttes menées au sein des organisations économiques de la classe ouvrière ».

La réédition de 1997 chez Actes Sud n’apportera rien de plus au livre, mais vaut d’être notée car elle se fait dans une collection de poche susceptible de toucher un public plus large et intervient deux ans après les grèves de novembre-décembre 1995 qui voient une reprise des mouvements sociaux et, qui plus est, une grève en partie victorieuse.

En 2013, la dernière en date, toujours disponible, s’est faite dans un tout autre contexte. Après l’échec de plusieurs mouvements de grève, en particulier avec les contre-réformes des retraites en 2003 et 2010, la gauche de gouvernement est revenue au pouvoir sous le seul effet d’un rejet des droites depuis longtemps aux affaires. Pour l’heure, cette deuxième droite, comme on aurait dû le savoir depuis les années 1980 grâce à Louis Janover et Jean-Pierre Garnier, a fait faillite. Mais tel le phénix renaissant de ses cendres, sa dernière mouture, prétendument insoumise, offre un bien piètre visage où l’on retrouve, au son de La Marseillaise et sous les plis du drapeau tricolore, les espérances creuses du Mitterrand de Mai 1981. Comme Sisyphe avec son rocher, ceux, peu nombreux, qui s’efforcent de maintenir une perspective critique sur l’histoire sociale du XXe siècle trouvent un allié de poids dans le livre de Daniel Guérin sur le Front populaire qui dit l’essentiel sur les illusions de la gauche au pouvoir et l’impérieuse nécessité d’un mouvement autonome du plus grand nombre au profit du plus grand nombre !

Charles Jacquier

Blues et féminisme noir dans L’Humanité

vendredi 13 avril 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Dans L’Humanité, des 13,14 et 15 avril 2018.

Angela Davis, blues et conscience politique

Avec son livre Angela Davis met en lumière, dans l’art de chanteuses de blues, les germes du féminisme noir d’une conscience de classe. Un chef d’œuvre de pensée.

Avec le livre Blues et féminisme noir, traduction par Julien Bordier de Blues Legacies and Black Feminism (1998), Angela Davis livre les fruits d’un travail titanesque. À travers trois chanteuses majeures, Gertrude « Ma » Rainey (1886-1939), Bessie Smith (1894-1937) et Billie Holiday (1915-1959), elle met en lumière, pour la première fois de façon aussi minutieuse et judicieuse, les germes du féminisme noir, mais aussi la dimension de classe que celui-ci a portée en lui. Il ne s’agit pas d’attribuer à ces trois artistes un féminisme tel qu’il existe depuis un demi-siècle, ce qui serait anachronique et dénué de sens. Dans leur expression artistique, en premier lieu dans leurs chansons, Angela Davis déchiffre « les allusions aux attitudes féministes qui émergent, au travers de brèches taillées dans le discours patriarcal ».

Il est captivant d’avancer pas à pas au sein de ce précieux héritage.
Cela a nécessité un énorme labeur au niveau du collectage des chansons et de la transcription des paroles, la piètre qualité de certains enregistrements rendant la tâche ardue. On peut télécharger sur le site des éditions Libertalia l’intégralité des textes (soit 261 pages !), relevés dans l’édition américaine. Il est captivant d’avancer pas à pas au sein de ce précieux héritage, avec les clés de compréhension que fournit Angela Davis. En complément de l’étude elle-même, Blues et féminisme noir contient des photos d’archives, une bibliographie édifiante (20 pages listant ouvrages, travaux, articles et films consultés), un index des personnalités et chansons citées (6 pages) et, enfin, un CD de 18 titres gravées par Gertrude « Ma » Rainey et Bessie Smith. Cette richesse intellectuelle et culturelle, à laquelle on a accès pour 20 euros, mérite notre plus grande attention.

Angela Davis répond en mettant au centre de sa pensée la dignité de ces chanteuses.

La légendaire activiste des droits de l’homme et de la femme replace l’art de Rainey, Smith et Holiday dans le contexte historique et social de la première partie du XXe siècle. Elle élargit considérablement la grille de compréhension que nous pouvons en avoir. « Étant donné la densité de l’histoire de l’esclavage et de la ségrégation aux États-Unis, il est compréhensible que la conscience sociale noire soit surdéterminée par la question raciale », souligne-t-elle. Les femmes noires furent les premières à enregistrer du blues. « En 1920, la version de Crazy Blues interprétée par Mamie Smith s’écoula à 75 000 exemplaires dès le premier mois de sa sortie. » Ce succès a ouvert la porte à maintes chanteuses noires, telles Gertrude « Ma » Rainey (surnommée « la mère du blues »), à partir desquelles Angela Davis analyse les politiques de la contestation blues.
Passionnant est le chapitre consacré à la question sociale dans les chansons d’amour de Billie Holiday. Lady Day, qui déployait un véritable génie de l’interprétation, parvenait à imprimer à des paroles apparemment banales une émotion si juste, si prégnante : il s’en dégageait un sens plus profond qu’il n’en paraissait sur la société. Angela rappelle que Billie a participé en 1944 à un concert de soutien aux Associated Communist Clubs of Harlem. Apothéose finale, elle analyse l’emblématique chanson dénonçant le lynchage des Noirs Strange Fruit, que « Billie Holiday appelait son propre “cri de révolte” contre le racisme ». Au misérabilisme d’un certain nombre de biographies, Angela Davis répond en mettant au centre de sa pensée la dignité de ces chanteuses.

Fara C.

Plus vivants que jamais dans Le Matricule des anges

vendredi 13 avril 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

« Comme les pavés en 68, les opus pleuvent. Des essais et des récits pour se souvenir d’un mois de mai plein de surprises. »
Extraits d’un long article d’Éric Dussert dans Le Matricule des anges (n° 192, avril 2018).

Que faire en mai ?

Les plus littéraires ou les plus adeptes de la fiction en resteront donc à l’indépassable Établi de Robert Linhart et se tourneront vers l’inévitable Plus vivants que jamais de Pierre Peuchmaurd. Ce « journal des barricades » est le premier récit publié à chaud le 15 novembre 1968 par Belfond qui avait derechef créé la collection « Contestations ». Son auteur a 20 ans : c’est notre première recommandation pour ce mois de mai qui s’annonce lui aussi fiévreux.
« Et puis, c’est bien pire que ce qu’on pouvait imaginer d’en haut. Il n’y a pas de corps à corps ou peu. Ils ont compris. Ils ne peuvent rien contre les pavés. Alors ils gardent leurs distances : ils bombardent. Il pleut des grenades qu’on dirait une averse de grêlons. À côté de moi, cette fille qui tombe. On ne peut plus rien contre ça. Les gaz en plus, qui font qu’on ne respire plus. Et pourtant on reste. Allez savoir pourquoi. Ce n’est même pas se battre, ça. Ça nous tombe sur la gueule et on reste. Vient un moment où on n’a même plus peur. »

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